922198_10151368291221333_1270017107_oEn tant que coureurs, les évènements du 15 avril dernier survenus au marathon de Boston nous ont marqués à vie et les jours qui ont suivi notre retour, ont été très émotifs. Daniel et moi avons retrouvé notre communauté de coureurs et avons réalisé son importance au sein de notre vie. C'est pourquoi il était important, mais tout aussi naturel de se retrouver le dimanche suivant pour courir ensemble en mémoire des victimes du marathon de Boston. À Rivière-du-Loup, le message de solidarité a été porté par plus de 200 coureurs et marcheurs. Nous avons tous démontré par notre présence qu’il fallait continuer. Et nous allons tous continuer à courir.

 

 Dimanche, 5K

Cela pourrait devenir une tradition : le 5K de Daniel à Boston! Mais comme il se prépare pour le marathon d’Ottawa (qui aura lieu le 26 mai), il n’avait aucune attente pour cette course.

Et pourtant, fort d’un entraînement régulier et de qualité, il a réussi un de ses meilleurs temps malgré les difficultés du nouveau parcours : 17 minutes et 49 secondes, le classant 106e sur les 5649 participants, mais surtout et une première à Boston, premier de sa catégorie!

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L'envolée vers l'arrivée!

Lundi, 42,195K

Grâce à l’organisation de Courir.org, j’ai la chance de voyager vers la ligne de départ en autobus de luxe (au lieu des autobus scolaires!) et surtout j’ai la possibilité de rester au chaud dans l’attente du départ. Ce qui, cette année, était grandement apprécié, car bien que le soleil était présent, il faisait frais en ce matin de début de printemps. Je suis donc restée les deux heures au chaud, à lire et relaxer.

9h20, je me dirige vers mon couloir de départ. Je suis dans la 2e vague, avec un départ à 10h20. L’accès au couloir de départ est toujours très surveillé, impossible de se faufiler dans un autre couloir ou être en avant, il faut respecter sa position. Je réussis tout de même à me placer dans les premiers coureurs de mon couloir.

10h20, le départ est donné. Je sais que ça part rapidement et que les premiers kilomètres sont descendants. Mais très vite je me sens coincée. Je suis surprise d’être aussi entassée. Je n’arrive pas à décoller. Un kilomètre, deux kilomètres et je ne parviens pas à prendre mon rythme de course. Ça me frustre, je regarde ma montre et je suis à 5:18/km, ça ne marche pas. Mais pourquoi sommes-nous tous si collés? Pourtant, je devrais être avec des coureurs de mon calibre. Bref, après le 3e kilomètre je suis enfin plus à l’aise, j’ai de l’espace et je peux prendre de la vraie vitesse.

Avec tous les encouragements et surtout la confiance que Daniel n’a pas arrêté de me transmettre, j’ai finalement décidé de courir ce marathon en mode attaque! Ainsi, je prends mile après mile en essayant de donner le meilleur. J’avoue que c’est plus difficile sur le mental. Je vois les kilomètres défiler et j’aimerais qu’ils défilent encore plus vite. Je passe les premiers 5km en 23 minutes, puis les 10 km en 46 minutes. Tout ça est assez rapide …

Je consulte mon allure sur ma montre, mais de façon très sporadique. J’essaie de me concentrer sur ma course, ma foulée. Par contre, je lape chaque mile et je suis surprise de voir que chacun d’eux se situe en bas de 7 minutes 30. J’avais en tête que pour être en bas de 3h30 sur ce marathon, je devais courir le mile en moins de 7 minutes 50. Or, en lapant chaque mile, je constate toujours avec une agréable surprise qu’ils se situent tous autour de 7 minutes 20. Je ne suis pas en mesure de faire les calculs pour évaluer mon temps final, mais à chaque fois cela me donne une belle dose d’énergie.

Je suis assez soulagée de voir le panneau de la ville dans laquelle nous rentrons : Wellesley! Enfin, la moitié du parcours! Et je guette les cris des collégiennes! Contrairement à ma première expérience, je suis maintenant assez contente de les entendre! Me voilà au demi-marathon, que je passe en 1h37. Wow, en bas d’1h40, je n’ai pas besoin de toute ma tête pour comprendre qu’à ce rythme, je suis plus proche du 3h20 que du 3h30. Mais après la joie, la crainte prend place. Vraiment, je manque de confiance! Je guette maintenant les moindres signes de faiblesse, ceux qui me feront ralentir et qui donneront à ma mauvaise conscience raison et d’être partie trop gagnante!

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Passage aux zones de ravitaillement, parmi les gobelets

Mais je garde mon attitude de combattante. Il le faut, la partie du parcours la plus difficile s’en vient. Je sens maintenant les moindres faux plats, mais j’essaie de garder une certaine facilité dans les descentes. Je réalise que tous les points d’eau se situent avant une montée et qu’à chaque fois que je prends une gorgée ou que je m’asperge, je retrouve des forces pour continuer jusqu’au prochain point d’eau.

Vers le 25e kilomètre, je prends une bouchée de Larabar, mais elle ne passe pas … un point de côté apparaît et devient intense dans une descente. La panique m’envahit lorsque je consulte ma montre et vois mon allure ralentir. Je suis en descente, je suis obligée de freiner, je me fais dépasser … Mais bizarrement, dès que je me retrouve dans une cote, la douleur du point est moins  intense. Cette douleur va  jouer au yoyo sur environ 2 kilomètres. Enfin, après le 32e kilomètre, le point disparaît complètement, cela concorde avec les derniers 10 kilomètres qu’il me reste à franchir. Je retrouve donc une certaine confiance. Je passe la dernière côte, Heart Break Hill, j’ai eu mon passage à vide, mais là je sais que le parcours se poursuit en descendant alors la bonne humeur revient! J’ai hâte de retrouver Daniel. Les derniers 5 kilomètres sont quand même assez pénibles, nous rentrons dans la ville, mais l’arrivée me semble si loin!

J’arrive au point de rendez-vous que nous nous sommes donnés avec Daniel. Je suis émue parce que je sais maintenant que je vais faire un bon temps. J’aperçois Daniel en haut de la côte du viaduc. Je lui fais signe, mais il ne me voit pas. Et tout d’un coup, il réagit! Il est visiblement surpris de me voir! On se tape dans la main et je pars en mission pour terminer ma course. Derniers virages, dernière côte pour rejoindre Boylston. À ce point, l’arche d’arrivée est si loin … alors je suis les conseils de Daniel : « Tu comptes les lumières, il y en a 4 ». Une, deux, trois, quatre et la ligne d’arrivée est là!

Je me soucie très peu des photographes et j’arrête ma montre : 3h17 et 10 secondes. Un temps que je n’avais jamais, mais jamais espéré.

L’arrivée et la suite (le ravitaillement, la remise de médaille, la récupération de mes affaires personnelles) se font très vite. Je ne me sens pas usée par tous les kilomètres parcourus, je suis sur mon nuage! Je remercie tous les bénévoles qui me félicitent, puis je prends immédiatement le chemin de l’hôtel pour retrouver Daniel. Il fait beau, le soleil est chaud, je savoure ce doux moments et pense à comment nous allons pouvoir fêter nos belles performances.